🕯️ || edgar,
où le fantôme d'un avenir proche.
« Il se laissa tomber à terre, tendit les bras et appela doucement : — Viens, Croc-Blanc. Viens. Mais Croc-Blanc ne bougea pas. Il fixait l’homme, les oreilles couchées, les babines frémissantes, prêt à fuir ou à se défendre. — Viens, répéta l’homme. Il n’y avait dans la voix aucune menace, mais une persuasion caressante, quelque chose d’ineffable et de doux qui se glissait dans l’âme sauvage du loup. » — Croc-Blanc, de Jack London.
Quelques rires éclatent, alors le bonheur s'invite sur la plage — celui qui gorge les poumons d'allégresse. Les mouettes s'en vont dérober quelques poissons de leur vie, et les couples ne font plus qu’un corps, toujours en mouvement, semblable à une trajectoire inertielle*, regardant le même point, main dans la main.
Ici, le sable caressé par la chaleur glisse entre mes doigts, l'air marin lave mon cœur en l'enveloppant de joie, et l’éclat des vagues emporte ma tristesse. Le monde tourne, le cycle reste inchangé. La mer engloutit ce qu’on lui donne et le recrache ailleurs — à la fois ennemie et amie.
Et dans cette idylle sans fin, alors que mon regard s’éloigne du va-et-vient de la mer et de son tempérament intrépide, le vert des algues étendues sur les rochers m’intrigue. Je pense à l’aventure qui pourrait s’offrir à moi, explorant les recoins de la pierre, guidé par l’envie de créer des souvenirs aussi drôles qu’intrépides. Mais cette idée s’efface lorsque mes yeux glissent sur le pelage ruisselant d’un chien abandonné. Le temps d’une vague, le monde se dissout, et il ne reste plus que le bruit blanc de mon cœur qui rate sa litanie. J’abandonne mon monde ; la joie, les rires.
Seul dans le sable, museau tourné vers la mer, sans âme pour l’accompagner, il me donne cette impression d’attente interminable : souffrance insidieuse et lente qui nous empêche de fuir, bercée seulement par des "peut-être" qui n’arriveront jamais.
Je suis un monde influencé par la gravité de cet animal, guidé par l’envie irrationnelle d’en faire mon ami. Pour la première fois, à cet instant, je veux trouver ce fantôme — mon fantôme canin — qui m’accompagne dans mes rêves, son pelage doux toujours à mes côtés, son museau enfoui dans mon cou. Mais le chien de la plage joue avec l’eau, m’ignore. Et je persiste, désespéré par l’envie de capturer son regard, mais je n’y trouve que la fuite.
Fidèle à lui-même, il s’accommode de sa solitude, et je vois les contours d’une jalousie se dessiner. Cet animal s’oppose à moi : lui libre, moi enchaîné au ressac du passé. Alors, mon cœur s’émiette, et le bruit revient ; les mouettes piaillent, les rires hurlent, et le sable me pique la peau. Mais dans un vain espoir, un nom m’échappe comme un serment : Edgar.
Promesse que je ne peux pas tenir, car le quotidien me rattrape — l’amertume des pleurs.
— Helly.K ✨
p.s: je ne sais pas si c’est une bonne idée de partager un extrait d’un auteur pour présenter ma nouvelle…, mettons ça sur le compte des idées bêtes et de cette envie de te partager un auteur que j’aime beaucoup.
Trajectoire inertielle: mouvement immuable à moins d'être soumise à une force extérieure.
tableau: impossible de trouver la source.




C'est très doux et sensuel. J'ai aimé le paragraphe sur le sable et la mer.
J'aime lire tes mots. En espérant qu'Edgar ne soit pas qu'un fantôme trop longtemps.. 🐕