☔ || J'entrave mes mots,
et les mondes qui y habitent.
“ Je ne veux plus entraver mes mots, ni de cette câge. J’aimerais délier la langue des enfants que j’ai créés, faire entendre leur voix sans chaînes. ”
J'essaie de garder le cap. Boussole en mains, je navigue malgré les accrocs et accoste lorsqu'une île est en vue. C’est le moment pour moi de regarder les mouettes, d’observer la terre et la vie, et de repenser aux mondes qui m’habitent. Alors, je me laisse glisser dans l’herbe, bercée par les vagues qui chuchotent au loin, et j’inspecte mes mots, mon univers et ses mille galaxies.
Je repense à ces phrases que j’entrave, à ces personnages qui te sont encore inconnus, à cause d’un mal qui empoisonne ce que je crée. Parce que je suis une autrice qui ressent le besoin de faire plus, d’être davantage… de faire adulte. D’être une adulte. D’écrire comme une adulte.
J’ai toujours eu cette peur de ne pas refléter mon âge, mon vécu, et mes inspirations — souvent assez adultes, hahah attention mot récurrent — à travers mes récits. J’ai ce besoin viscéral et ce désir d’approbation ; je veux qu’on dise de mes histoires qu’elles sont aussi piquantes et matures que The Witcher, Banana Fish ou Red Dead Redemption. Mais en pensant ainsi, mon esprit s’embourbe dans un cercle infernal : il se referme sur lui-même, puis implose. Chaque monde que j’inventais me semblait médiocre, toujours imparfait à mes yeux, souvent trop naïf ou trop enfantin.
Alors hier, accompagnée par les arcanes de mon tarot, j’ai commencé un travail de déconstruction et de remise en question de ces choses que je m’impose. J’ai tenté d’esquisser une réflexion pour mieux comprendre ma propre cage, en me demandant :
*:・゚✧ Pour moi, c’est quoi, “écrire comme une adulte” ?
J’ai pensé aux scènes de smut, mais j’ai réprimé cette idée. Pour moi, le sexe ne signifie pas "adulte" tel que je l’entends, d’autant plus que je n’intègre jamais ce genre de moments dans mes récits. Ce sont des scènes que je préfère taire, ne voulant pas reproduire certains schémas, et parce que je ne suis pas à l’aise avec ce propos.
Alors, en creusant un peu plus, j’ai repensé à mes inspirations. J’y ai vu les liens qui unissaient ce beau monde, et sans surprise, j’ai trouvé ma réponse.
Je veux écrire des tragédies, donner une place aux luttes sociales, faire entendre les voix des marginalisé·es, de celles et ceux qu’on abandonne. Parce que j’ai des choses à dire sur cette société et ses normes. Je veux des personnages rebelles, insupportables pour leur entourage qui ont le regard de ceux qui abandonne. Je veux de l’amour qui se respecte, des couples qui s’aiment — même dans le lit. Bref, la société aime les choses qui ne font pas de bruit. Moi, non.
Puisque tout cela représente, pour moi, ce qu'est une plume adulte, est-ce que mes idées sont en accord avec cette définition ? Est-ce qu’écrire de la fantasy peut me permettre d’explorer ce genre de choses ? Et si j’écris un roman dont le personnage principal est une enfant, est-ce qu’il est forcément destiné aux moins de 15 ans ? Pourtant, cette fillette aurait bien des choses à dire sur un monde en reconstruction, sur une société qui l’abandonne pour X ou Y raisons.
Avec le recul, je crois qu’on peut créer un monde bucolique à souhait, mais qui cache des cauchemars, des crises existentielles et des luttes en tout genre. Et surtout, je ne pense pas que l’âge du personnage principal détermine le genre du roman. Ce qui compte, c’est d’adapter sa plume, de ne pas laisser la violence s’étendre sans but, sans remise en question, sans conséquence. Trop d’œuvres, à mes yeux, aiment romantiser la violence sans jamais la critiquer, sous prétexte d’Art. Je ne veux pas faire partie de cela. Et je ne veux pas non plus m’imposer tous les maux du monde dans mes récits, car j’écris avant tout pour moi — et pour mes beaux yeux.
Helly.K ✨





J’ai beaucoup aimé lire ta réflexion. Je pense aussi qu’il est possible d’écrire une fantasy (ou autres) YA ou NA avec comme protagoniste principale un.e enfant. Tout va dépendre dans notre manière d’écrire et les messages.
Il peut aussi y avoir plusieurs degrés de lecture (Le Petit Prince est un très bon exemple, ou encore Alice aux Pays des Merveilles).
💙