🕯️ ⌇ Antinomia
⤿ je surprends le spectre de notre amitié serpenter en sentinelle dans les couloirs.
✧˚ · . lettre par Edith, pour Dickie.
[…] Le temps me rattrape à mesure que l’heure se rapproche, et j’ai beau coudre et parler d’encre avec notre ami commun, mon esprit fatigué — aussi traître que mes semblables — me renvoie continuellement à cette date.
C’est la honte qui épuise mon âme, Dickie, le comprends-tu ? Comprends-tu que je la revois ? Qu’une fois l’accalmie du soir venue, lorsque nos domestiques s’en vont sans bruit, laissant le manoir et ses grincements à l’abandon, je surprends le spectre de notre amitié serpenter en sentinelle dans les couloirs.
Plusieurs fois, j’ai tenté d’étouffer ce mal qui nous ronge toutes les deux — toutes les trois — d’ignorer cette présence subtile au-dessus de nos épaules, en vain. Elle demeure belle, gracieuse et cruelle ; narguant mon âme et me rendant jalouse de l’éternité qui l’anime. Je rêve de la retrouver, ne serait-ce que pour étouffer cette once de culpabilité qui aime enlaidir mes derniers jours… Pardonne-moi cet égoïsme — tu me comprendras, j’en suis sûre. Mais tu le sais : il sied trop bien à la famille Bukowski. J’espère seulement qu’avant de te quitter, tu auras encore assez de temps pour réaliser nos vœux inexaucés.
Alors rions une dernière fois ensemble, mon amie. Rions — et rappelle-toi les après-midi où toutes les trois, toujours accompagnées de notre noble Philomène qui me manquera tant, nous chantions à nous chamailler sur les mots de ce cher Musset.
Edith. B.
: ̗̀➛ mot de fin : ANTINOMÍA est nouvelle épistolaire, écrite en décembre 2021, soit un peu plus de quatre ans maintenant…, je te partage un extrait dans l’espoir que mes mots seront se frayer un chemin dans ton coeur. Et peut-être qu’un jour, je te partagerai le reste. D’ici là, j’attends malgré l’impatiente qui m’anime de voir fleurir une nouvelle plateforme d’écriture au nom de Komee. Aller, bye.




